Nombreux sont les athées qui ont grandi dans des familles catholiques, musulmanes ou juives, parfois très pratiquantes, traçant seuls leur chemin vers l’émancipation et la liberté de conscience.
Nous sommes nombreux, aujourd’hui, à affirmer sereinement notre athéisme, à en faire une conviction lucide, réfléchie, assumée, n’oubliant d’où nous venons, n’étant nés athées dans un monde neutre.
Beaucoup d’entre nous avons grandi dans des familles catholiques, musulmanes, juives… Des familles où l’enfant n’a pas le choix, où l’on naît croyant par simple filiation, où l’on est baptisé, circoncis, inscrit au catéchisme ou à la madrassa, avant même de pouvoir dire « je suis ». La religion, pour nous, fut une langue maternelle imposée, une atmosphère, un devoir, une évidence qu’il ne fallait pas interroger.
Et pourtant… certains enfants questionnent ce que d’autres acceptent.
Dès l’enfance, nous avons ressenti l’inconfort du dogme, le malaise devant les prières mécaniques, les récits sacrés absurdes, et les silences pesants sur ce qui dérange. Nous avons eu à affronter les contradictions, les interdits, les rites vides de sens. Nous avons vécu les fêtes calendaires religieuses par obligation, des rituels qui, même s’ils étaient synonymes de rassemblement familial, restaient des mascarades, au nom de simples croyances.
… et souvent, dans le secret de nos chambres d’enfants, le doute a germé.
Devenir athée dans une famille croyante demande de savoir prendre du recul, d’être soi, de raison. C’est un arrachement, une renaissance conquise par l’intellect. C’est refuser ce qui semblait immuable, remettre en cause l’ordre établi, parfois au prix du conflit, du rejet ou du silence. C’est aussi, bien souvent, devoir affronter la peur de décevoir, et parfois même, la culpabilité d’exister en dehors du cadre tracé pour nous, immuable depuis des siècles.
Et c’est cela, la force de l’athéisme, qui naît d’une conquête personnelle, réfléchie, aboutie, puis vécue comme une émancipation, une autonomie nouvelle. Ce n’est pas une croyance en moins, c’est une conscience en plus. C’est le fruit d’un cheminement personnel, d’un éveil à la raison, à la pensée critique, à la liberté de conscience. Nos indépendances n’ont pas été soudaines ni simples, elles ont été forgées dans le doute, nourries par la lecture, le dialogue, la solitude parfois. Elles ont exigé du courage, de la réflexion, de l’opposition, mais surtout… de la raison.
Aujourd’hui, tout en ne reniant pas nos enfances, nous refusons de transmettre à notre tour ce que nous avons dû déconstruire. Nous voulons offrir à nos générations futures un espace de liberté, de curiosité, de réflexion. Un espace sans dogmes, où penser n’est jamais une faute, bien au contraire, un espace où croire n’est pas une obligation, et où ne pas croire n’est plus une honte.
Nous savons ce que nous avons traversé, et c’est précisément pour cela que nous militons pour une République réellement laïque, à l’application stricte des principes de neutralité, qui protège les enfants de tous les conditionnements religieux. Nous portons l’idée d’un athéisme qui ne nie pas les vécus, mais qui les dépasse, les éclaire, les transforme en force collective.
Nous sommes les enfants de la raison, une Génération Athée nouvelle, plus libre, plus lucide, plus humaine.
G. Ragnaud

