« À vouloir ménager toutes les religions, la gauche a oublié ceux qui ont fait sa force : les athées et l’athéisme. »
Il fut un temps où elle portait haut les couleurs de l’émancipation. Celle des travailleurs face au patronat, des femmes face au patriarcat, des peuples colonisés face à l’impérialisme. Et aussi, plus discrètement mais tout aussi profondément, celle des consciences face aux dogmes religieux. Elle portait l’idée d’une République éclairée, affranchie des superstitions, fondée sur l’éducation, la raison, le progrès partagé. Elle défendait une laïcité vivante, non figée, comme un levier de justice, d’égalité et de libération.
Mais quelque chose a changé.
Aujourd’hui, à force de vouloir inclure toutes les sensibilités, la gauche a renoncé à ses fondations républicaines et sociales. Elle parle de diversité spirituelle, d’interconvictionnel, de reconnaissance des cultes, mais reste étrangement silencieuse lorsqu’il s’agit de défendre l’athéisme comme une conviction politique à part entière. Pire encore, elle semble le considérer comme une posture froide, un manque d’âme, un excès rationaliste, alors qu’il constitue pourtant l’un des socles philosophiques les plus puissants de la pensée critique. Et c’est ainsi que la gauche ignore les athées, ce qui, dans un monde où tout est politique, constitue une discrimination inacceptable pour quiconque prétend défendre les droits et les libertés de tous.
Dans les discours, dans les programmes, dans les alliances électorales, la gauche ne prend jamais en compte les convictions athées, l’athéisme n’est ni écouté, ni représenté, ni soutenu, ni financé. Il n’a apparemment pas sa place dans les grands dialogues dits « interconvictionnels », pourtant organisés avec les cultes. Absent, inexistant, rayé des priorités, il n’est jamais consulté lorsqu’il s’agit de réformes scolaires, de bioéthique, de laïcité ou de liberté de conscience.
Et pourtant… Plus d’un Français sur deux se déclare athée, porteurs d’une vision du monde fondée sur la raison, l’égalité, la liberté de conscience et l’universalité de la loi. Des millions de femmes et d’hommes, jeunes et moins jeunes, qui pensent, aiment, élèvent leurs enfants, votent, créent, soignent, enseignent, en étant uniquement portés par des convictions lucides et un équilibre cognitif naturel.
En y regardant de plus près, la réponse tient en un mot : clientélisme.
Au nom du clientélisme, une partie de la gauche a renoncé à l’universalisme, à la laïcité, à la défense des garanties de conscience. Elle s’est progressivement alignée sur les logiques et pratiques néolibérales, démagogiques, délaissant le peuple pour les électorats, n’hésitant pas à abandonner ses repères historiques : l’universalisme, la laïcité, et la défense du bien commun, contre « la stratégie des équilibres communautaires ». Elle a cessé de parler d’émancipation, de pensée critique, de raison, pour se plier à une représentation identitaire du monde où il faut ménager les religions, flatter les dogmes, et éviter les “sujets qui fâchent”.
Et dans cette dérive clientéliste, l’athéisme, parce qu’il ne rapporte rien électoralement, a tout simplement été banni.
Aujourd’hui, au nom de l’inclusion, la gauche pactise avec des forces religieuses qui ne partagent ni sa mémoire progressiste, ni ses principes fondateurs. Certaines alliances se nouent avec des mouvements se réclamant d’un islam politique ultra-conservateur, sexistes, parfois même ouvertement réactionnaires. On excuse leurs dogmes au nom du contexte social, on justifie leurs pressions en invoquant la précarité, et l’on préfère ménager les susceptibilités religieuses – en particulier lorsqu’elles s’abritent derrière l’islam culturel et sociologique – que défendre les droits des athées et des laïques.
Mais à force de reculer, c’est la laïcité elle-même qui perd du terrain.
Pour moi, et certainement pour la très grande majorité des athées, ce n’est pas à la République de plier devant les croyances. C’est aux croyances de respecter le cadre républicain. Et si la gauche veut être à la hauteur des combats qu’elle prétend mener, alors qu’elle intègre l’athéisme en tant qu’acteur de la société civile, dans ses fondations philosophiques et politiques, et en tant que conviction au moins aussi légitime que les croyances religieuses.
Génération Athée travaille à équilibrer un débat dans lequel les convictions athées doivent être entendues, reconnues et représentées électoralement. Et si nous ne le sommes pas, alors, Sans dieu, ni haine, nous construirons, avec ou sans la gauche, une politique de la raison, des droits, de la liberté et de l’émancipation.
G. Ragnaud
@GenerationAthee

