L’omniprésence des religions dans les médias

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La plupart du temps, les athées comme les croyants ne mesurent pas à quel point la télévision et les grands médias sont saturés de références religieuses. Nous vivons dedans sans même le voir, tant cela fait partie du décor. Du matin au soir, les journaux télévisés, les magazines d’information, les talk-shows, les documentaires, les séries, les films et même les émissions de divertissement recyclent des images, des symboles et des discours issus des religions.

Sur les plateaux, on invite des prêtres, des imams, des rabbins, des pasteurs, des théologiens, des porte-parole d’institutions religieuses pour commenter l’actualité, donner leur avis sur les lois de la République, réagir à une réforme de société, à un conflit international, à un débat sur la fin de vie ou sur l’école. On leur demande ce qu’ils pensent de la bioéthique, de la famille, de l’avortement, de la filiation, comme si leur parole avait naturellement vocation à éclairer le débat public. Cette présence régulière finit par sembler normale, au point où l’on conserve l’idée que les religions ont un droit de regard sur nos choix collectifs.

Dans les journaux télévisés, les actualités venues du Vatican semblent bénéficier d’un statut particulier, comme si les communiqués de la Curie ou les déplacements du pape étaient des événements d’intérêt national. On diffuse longuement les images de messes géantes, de pèlerinages, de visites officielles auprès de chefs d’État. On commande des reportages sur les processions, les fêtes religieuses, les rassemblements de masse, les couvents, les monastères, les écoles tenues par des congrégations, les universités liées à une tradition spirituelle. Les mêmes logiques se retrouvent lorsqu’il s’agit de grands rabbins, d’imams médiatiques ou de leaders évangéliques, invités à expliquer leur vision du monde sur les grandes chaînes.

À cela s’ajoute la face sombre, largement médiatisée elle aussi, mais sans jamais remettre en cause le privilège symbolique dont bénéficient les religions. Les affaires de pédophilie, les scandales de violences sexuelles et de couvertures institutionnelles, les enquêtes sur les dérives sectaires, les gourous charismatiques ruinant et brisant des vies, les prédicateurs appelant à la haine, les réseaux radicalisés qui préparent des attentats en se réclamant du sacré, tout cela revient régulièrement dans les titres. Chaque fois, l’actualité rappelle le poids des structures religieuses dans nos sociétés, même lorsque ce poids se traduit par des drames.

Et sur ce terrain, toutes les religions sont concernées. Crimes commis par des prêtres ou couverts par des diocèses, violences et dérives au sein de mouvements évangéliques, scandales dans des communautés juives ultra orthodoxes, prêches haineux dans certaines mosquées, gourous orientalo spirituels exploitant la détresse psychologique de leurs adeptes, pseudo maîtres bouddhistes ou hindouistes bâtissant des empires financiers sur la crédulité. La télévision reprend ces histoires, les amplifie, les commente, tout en continuant, le reste du temps, à présenter les mêmes institutions comme des interlocuteurs légitimes sur la morale, la famille et le sens de la vie.

À côté de cette actualité dure, la fiction vient consolider l’arrière plan symbolique. Les séries montrent des mariages à l’église, des bar mitsva, des prières collectives, des pèlerinages vers La Mecque, des fêtes religieuses comme moments d’union familiale. Les films multiplient les scènes de confession, de prière avant un match ou avant une opération, de remerciements à un dieu après un succès. Les documentaires de voyage transforment les temples et les sanctuaires en cartes postales exotiques porteuses d’une sagesse implicite. Même les émissions de cuisine célèbrent les menus de Noël, les repas de Pâques, les fêtes religieuses comme des évidences culturelles.

La publicité, elle, exploite le registre du sacré pour vendre tout et n’importe quoi. Des spots mettent en scène des anges, des auréoles, des bénédictions, des réincarnations symboliques, des références au paradis, comme si le lexique religieux appartenait au patrimoine commun, disponible pour booster une campagne de marketing. Là encore, l’imaginaire religieux devient une sorte de langage universel parfaitement intégré à la consommation.

Les réseaux sociaux ne font que prolonger ce bain continu. Les extraits d’émissions, les petites phrases d’évêques, d’imams ou de rabbins, les déclarations du pape, les images spectaculaires de cérémonies, les vidéos de prédicateurs viraux, les citations pseudo spirituelles ou les mantras recyclés circulent en boucle. Ils alimentent une visibilité constante des discours religieux, que ce soit pour les soutenir, les critiquer ou en jouer de manière ironique, mais ils contribuent à maintenir ces références au centre de l’attention.

Au bout du compte, ce paysage médiatique fabrique un double effet. D’un côté, il montre sans cesse que les religions sont partout, qu’elles parlent, qu’elles commentent, qu’elles jugent, qu’elles existent comme des forces politiques, morales et culturelles incontournables. De l’autre, il invisibilise totalement les convictions non religieuses. On entend très rarement des athées, des rationalistes, des humanistes non croyants invités en tant que tels pour représenter une vision du monde sans dieu. Le regard athée sur la société, sur la morale, sur la science, sur la démocratie, reste marginal, presque absent, comme si la neutralité laïque ou la pensée sans religion n’avaient pas de place dans le grand récit collectif.

Ce déséquilibre n’est pas toujours volontaire, il tient aussi à l’inertie de l’histoire, à des réflexes culturels, à des habitudes de rédaction. Mais il produit une réalité tangible. Dans un pays où une majorité de personnes sont athées ou non croyantes, la télévision et les médias donnent encore largement l’impression que la norme reste religieuse, que la légitimité morale passe par des clergés, que le sens de la vie appartient aux traditions spirituelles et que les autres visions du monde n’ont pas le même poids symbolique.

Constater cela, c’est prendre acte d’un paysage où l’on peut parler de tout, tout le temps, sauf de la place des non croyants, sauf de leurs droits, sauf de leurs valeurs. C’est aussi ce qui rend nécessaire un athéisme réformé qui ne se contente plus de critiquer les dogmes, mais qui réclame une place dans le débat public, une visibilité médiatique, une reconnaissance politique. Tant que les écrans seront saturés de références religieuses, sans contrechamp athée structuré, le prosélytisme restera diffus, puissant, et presque imperceptible pour celles et ceux qui y baignent depuis toujours.

G. Ragnaud

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2 commentaire

  1. Bonjour pouvez vous nous donner votre définition de l’athéisme histoire de voir si nous sommes sur de parler de la même chose merci

    1. Bonjour,
      Nous avons certainement la même définition que la vôtre de l’athéisme, à ne pas confondre avec « l’athéisme réformé » que nous portons ici, qui, lui, ne se limite plus à ne pas croire en l’hypothèse d’un dieu.
      L’athéisme réformé est un courant qui affirme que les convictions athées sur l’idée de l’existence d’un dieu sont au moins aussi légitimes que celles des religions. À ce titre, nous partons du principe que les athées et l’athéisme ont des droits, des intérêts, une vision du monde, une vie familiale et des besoins collectifs qui doivent être défendus dans la République, au même titre que ceux des religions. L’athéisme réformé fait de l’athéisme une force civique capable de proposer des politiques publiques, de protéger la liberté de conscience et d’agir pour une société fondée sur la raison, l’égalité et la justice sociale.
      Passez une bonne journée.

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