Le RN voudrait faire du jeune Bardella le visage moderne d’un vieux parti fasciste et xénophobe, sorti tout droit du pétainisme. Costume ajusté, photos calibrées, ton posé avec l’intelligence d’un perroquet répétant sa leçon. Tout est fait pour donner l’illusion de la maîtrise.
Mais, en athéisme réformé, nous savons toutes et tous que l’habit ne fait pas le moine, et encore moins un leader. Cette posture de seigneur n’en fait pas moins un complice du côté sombre de la force, n’ayant ni l’expérience, ni la profondeur, ni le sens des responsabilités indispensable pour envisager la conduite d’une nation.
En politique, la maturité consiste à regarder la complexité en face, à dire la vérité, à refuser de désigner des boucs émissaires faciles. De ce point de vue, Bardella est resté au stade d’un adolescent tout juste entré au lycée sans comprendre ce qu’il fait là, regardant les grands harceler les autres, s’en prendre à ceux qu’ils désignent comme « différents », coupables de tous les maux d’une nation malade. Il promet sans expliquer, surfe sur les colères sans proposer de véritable architecture sociale, économique ou démocratique. Il évite les questions qui dérangent, s’en tenant à la leçon qu’il a apprise par cœur.
Sur le plan social, son discours flatte les peurs plus qu’il n’apaise les tensions. Il parle « du peuple », mais soutient des orientations économiques qui servent les plus puissants. Il prétend défendre les « oubliés », tout en validant un modèle ultra-libéral qui casse les services publics, fragilise les plus précaires et laisse les territoires se débrouiller seuls. On est ici plus proche d’un rôle joué devant une caméra que d’une réflexion construite sur le long terme.
Sur le plan économique, les couches de vernis ne suffisent pas à masquer les formules et les vieilles recettes du Front National, mettre au pas les Français, les diviser, tout en évitant de parler de la répartition réelle des richesses. On habille cela de mots nouveaux, mais c’est la même politique, repeinte avec un visage plus jeune.
Le RN, ne l’oublions pas, est un parti profondément aligné sur une vision catholique conservatrice de la société. Derrière son vernis modernisé, il défend un ordre moral ancien, opposé à la liberté de conscience telle que nous la concevons. Pour ce parti, les athées et l’athéisme ne sont jamais considérés comme des positions légitimes, nous sommes soit invisibilisés, soit présentés comme une erreur civilisationnelle, une anomalie historique à corriger.
Le RN instrumentalise la laïcité et ne protège pas la neutralité de l’État, son but étant simplement d’imposer une culture dominante, celle d’une France supposément catholique par essence. À chaque fois que l’athéisme apparaît, il est contourné, ignoré, effacé. Dans ce projet l’avenir ne se construit pas autour de la liberté de croire ou de ne pas croire, mais autour d’un retour symbolique à une chrétienté identitaire et politique.
Chez Jordan Bardella, ce n’est pas que le talent médiatique qui manque, c’est aussi la capacité à comprendre qu’un pays ne se gouverne pas avec des slogans, des indignations calculées et des interviews mises en scène, mais avec des choix difficiles, cohérents, assumés, qui engagent la vie de millions de personnes.
Bardella est loin de la posture d’un dirigeant adulte, cultivé et bienveillant, prêt à protéger sa nation face aux périls russes, à garantir une stabilité sociale pour les plus fragiles, à renforcer les droits et les libertés de toutes et tous, tout en faisant reculer les inégalités.
Le RN n’a jamais eu la capacité de désigner une ou un candidat solide. Et pour 2027, il présente, faute de mieux, un favori immature, bien vu dans les sondages, dans le seul but de gagner une élection et de mettre au pouvoir un roi d’opérette tenu en laisse par sa régente.
Dans ce Rassemblement, on ne laisse pas un enfant diriger la famille.
G. Ragnaud

