Entre fantasmes, lectures biaisées, amalgames et procès d’intention, il est sidérant de constater le nombre de contre‑vérités, d’exagérations et de récits anxiogènes diffusés dans certaines publications catholiques ou réactionnaires. Il ne s’agit plus seulement, pour ces acteurs d’exprimer une conviction religieuse, mais d’intervenir directement dans les grands débats politiques, en présentant comme des faits ce qui, bien souvent, n’est que spéculations sans fondement, basées sur la peur, la morale catholique ou les présages divins.
Des exemples :
Boulevard Voltaire
Concernant le droit à mourir dans la dignité, Boulevard Voltaire soupçonne l’ADMD de convoiter les héritages et défendrait donc le droit à mourir dans la dignité dans le seul but de bénéficier des legs de ses adhérents. Pourtant, aucun élément ne démontre que l’ADMD aurait favorisé, encouragé ou accompagné la mort d’une personne dans le but de récupérer son héritage.
Il ne s’agit là que d’un soupçon malveillant sur le combat de l’ADMD.
Le même Boulevard Voltaire assimile le droit à mourir à une « soif de mort ».
Dans un autre article, Boulevard Voltaire évoque une prétendue « soif de mort » chez les défenseurs de l’aide à mourir et rapproche même le texte de la notion de « mort miséricordieuse » utilisée sous le régime nazi. Comparer une demande libre, consciente, médicalement encadrée et formulée par un patient atteint d’une maladie grave à une politique criminelle d’extermination est clairement intolérable, primitif, vulgaire.
Les défenseurs de l’aide à mourir ne réclament pas la mort des malades, mais défendent simplement le droit de chacun à choisir les conditions de sa propre fin de vie.
La Conférence des évêques de France
Toujours concernant le droit à mourir, pour cette conférence, les pauvres seraient poussés à la mort.
Après l’adoption de la loi, la Conférence des évêques de France a affirmé que les personnes âgées les plus pauvres pourraient se sentir poussées à mourir afin de ne plus constituer une charge pour leurs enfants.
Présenter ce risque comme une conséquence attendue de la loi revient à passer sous silence ses critères d’accès, le contrôle médical, la nécessité d’une demande libre et réitérée, ainsi que toutes les garanties destinées à détecter les pressions extérieures. Ce qui n’est qu’une simple hypothèse devient ainsi un scénario annoncé, utilisé pour susciter la peur.
Dans cette même Conférence, les évêques affirment que l’on ne peut pas « prendre soin de la vie en donnant la mort » et décrivent l’aide à mourir comme une rupture avec la vocation du soin. Cette position morale, parfaitement conforme à la doctrine catholique, est pourtant loin de constituer une vérité médicale, juridique ou universelle. Pour d’autres citoyens, comme nous athées réformistes, respecter la volonté d’une personne condamnée à subir une souffrance réfractaire peut précisément relever du soin, de la compassion et de la dignité, preuve que la morale religieuse des évêques ne peut déterminer une loi commune.
Alliance Vita
L’association Alliance Vita oppose continuellement les soins palliatifs à l’aide à mourir, comme si la société devait nécessairement choisir entre les deux, comme si ces deux choix ne pouvaient pas coexister. Pour rappel, les défenseurs du droit à mourir demandent également un accès universel aux soins palliatifs.
Bref, pour Alliance Vita, présenter le débat comme un choix entre « soigner » et « tuer » est uniquement fait pour tenter de disqualifier moralement la position adverse sans répondre à la situation des personnes dont les souffrances demeurent réfractaires.
Cette même Alliance Vita présente l’aide à mourir comme une « menace contre les personnes handicapées ».
Elle affirme que l’euthanasie pourrait devenir une manière de ne plus considérer les personnes handicapées comme pleinement dignes de vivre, allant jusqu’à évoquer le risque d’« éliminer le différent qui gêne »… Ce qui, bien entendu, est faux.
Le handicap ne constitue pas, à lui seul, un critère ouvrant droit à l’aide à mourir. Assimiler la reconnaissance d’un choix personnel, soumis à des conditions médicales précises, à une politique d’élimination des personnes handicapées est non seulement grotesque, mais relève en plus d’un amalgame dont le seul but est de provoquer l’effroi.
Autre élucubration pour cette association catholique, mais sur un autre registre : la PMA est présentée comme l’antichambre inévitable de la GPA.
Alliance Vita a longtemps affirmé que l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules entraînerait nécessairement une revendication, puis une légalisation de la GPA. La PMA pour toutes est pourtant entrée en vigueur en France sans que la GPA y soit légalisée. Il s’agissait donc d’un classique argument de la pente glissante : présenter une réforme limitée comme la première étape inévitable d’une succession de mesures beaucoup plus larges, afin de mobiliser contre elle.
Famille Chrétienne : la laïcité transformée en menace contre la religion
Famille Chrétienne a présenté certaines politiques de laïcité comme une volonté de « bannir la religion », d’imposer un « catéchisme républicain » ou de mener une « offensive politique et idéologique » contre l’enseignement catholique. Pourtant, la neutralité de l’école publique et le contrôle des établissements privés financés par l’État ne signifient ni l’interdiction des croyances ni la disparition de l’enseignement catholique.
Présenter toute exigence républicaine, tout contrôle de l’argent public ou toute limitation de l’expression religieuse dans les services publics comme une persécution est un classique de la désinformation, une déformation récurrente du principe de laïcité.
Pour cette même Famille Chrétienne, l’IVG s’inscrirait dans ce qu’elle appelle une « culture de mort ».
Dans plusieurs publications, Famille Chrétienne reprend l’expression de « culture de mort » pour désigner l’IVG, la recherche sur l’embryon ou l’aide à mourir. Cette expression ne décrit pas les faits, mais, sans autre forme de procès, condamne moralement ceux qui défendent ces droits en les associant à un projet global hostile à la vie. Pourtant, les femmes qui recourent à une IVG, les médecins qui les accompagnent et les citoyens qui défendent cette liberté ne font que défendre le droit des femmes à disposer de leur corps et à prendre une décision intime dans le cadre de la loi.
Conclusion
Comme vous pouvez le lire, les thèmes changent, mais les procédés restent les mêmes : transformer un risque hypothétique en conséquence certaine, comparer une liberté individuelle à une politique d’élimination, opposer artificiellement les sujets, faire croire à des persécutions antireligieuses, mettre en cause des intentions plutôt que de répondre aux arguments, et, bien sûr, présenter la doctrine catholique comme une morale universelle et absolue.
Boulevard Voltaire, la Conférence des évêques de France, Alliance Vita, Famille Chrétienne et d’autres acteurs du même écosystème, tel que le « syndicat de la famille », ne se contentent pas de commenter la politique, ils y participent pleinement avec une grille de lecture religieuse, c’est‑à‑dire faite de fantasmes, de mensonges et de contre‑vérités, d’amalgames, de tromperies, de fake news et de déformations systématiques de la réalité.
Pour nous, Génération Athée, le débat démocratique mérite des faits, des arguments et de l’honnêteté intellectuelle, et clairement, la propagande politico‑religieuse, et ses multiples divagations, n’y ont pas leur place. Nous nous opposerons donc toujours à ce type de procédés, qui substituent les fantasmes aux faits, les convictions religieuses à la raison et les procès d’intention au débat démocratique.
Gilles Ragnaud

