Le mot martyr, en religion, évoque celui qui décède pour sa foi, mais dans le langage courant ce mot représente ceux qui meurent, souffrent pour une cause, comme ces femmes et ces hommes qui ont payé de leur vie pour avoir refusé de croire. Leur crime fut d’écrire, de penser, de douter, parfois simplement de dire que la religion n’était pas au-dessus de la critique.
Dans plusieurs régions du monde, l’athéisme est bien plus qu’une opinion philosophique, il est une transgression. Dire publiquement que l’on ne croit pas, que l’on est athée, peut encore à notre époque conduire à la prison, à l’exil, à la violence, et parfois à la mort. Des blogueurs, des écrivains, des intellectuels, des militants de la liberté de conscience ont été assassinés pour avoir osé exercer ce droit élémentaire : celui de penser sans l’idée de l’hypothèse d’un dieu.
Parmi eux, certains noms sont connus.
Avijit Roy, écrivain et défenseur de la pensée libre, assassiné en 2015 à Dhaka pour avoir promu la raison et la critique religieuse.
Washiqur Rahman et Ahmed Rajib Haider, eux aussi tués pour leurs écrits.
Raif Badawi, condamné pour avoir défendu la liberté d’expression face au pouvoir religieux.
Mubarak Bala, emprisonné pour avoir simplement exprimé son athéisme.
Mais derrière ces noms, il y a surtout une multitude d’anonymes, des femmes et des hommes que l’histoire ne retiendra peut-être jamais. Des étudiants, des enseignants, des militants, des citoyens ordinaires qui, dans certaines sociétés, doivent cacher leur non-croyance pour survivre. Certains ont été battus, emprisonnés, chassés de leur famille ou assassinés pour avoir osé affirmer leur droit de ne pas croire. Ces personnes cherchaient simplement à vivre dans un monde où la parole serait libre, où les idées pourraient se confronter sans que les couteaux ou les foules viennent trancher les débats. Ils connaissaient les risques, mais ont refusé de renoncer à leur choix intérieur, celui de la raison contre la peur, de la liberté de conscience contre l’autorité dogmatique.
L’athéisme, dans sa forme la plus simple, n’est rien d’autre que cela : la revendication que l’esprit humain puisse chercher la vérité sans être contraint par des dogmes sacrés. Lorsque cette revendication devient dangereuse, lorsque ceux qui l’expriment doivent payer de leur vie le simple fait de penser autrement, alors c’est toute l’humanité qui est concernée.
Pour nous, au contraire de ce que font les religions, ces morts ne doivent pas être récupérées pour nourrir une cause politique, devant simplement être considérées et comprises pour ce qu’elles sont : un rappel brutal que la liberté de conscience reste fragile dans un monde où certaines croyances prétendent encore imposer le silence.
Se souvenir d’eux, c’est poursuivre leur combat, sans haine ni vengeance, en n’utilisant que la parole libre, la pensée critique et l’exigence que nul ne soit jamais condamné pour avoir simplement exercé son droit de penser librement.
Nous avons, en France, cette liberté, mais une liberté fragile, constamment tenue en laisse par celles et ceux qui tiennent les commandes. Par des décideurs qui prescrivent ce qui doit être dit ou non, qui par leur silence organisent la marginalisation de l’athéisme, l’effacent des médias, l’écartent des débats publics. Certes, ils ne nous tuent pas directement, mais ils étouffent nos idées, nos actions et notre droit d’exister politiquement.
Là où ailleurs on assassine les athées, ici on les condamne simplement à disparaître du débat public. La méthode est différente. Le résultat, lui, reste le même.
G. Ragnaud

