Il y a dans la France contemporaine un phénomène visible de tous, mais rarement nommé : « l’extrême droite fabrique des catholiques. »
Je ne parle pas de croyants, de pratiquants ou autres mystiques, non, je parle bien des catholiques politiques, de circonstance, de posture, de frontière, de ceux qui cherchent un uniforme culturel sans avoir à endosser l’endoctrinement cultuel qui va avec. Car cette conversion n’a rien de religieux, elle est juste fonctionnelle, faite pour répondre à la tradition culturelle d’une extrême droite qui a compris que le catholicisme, vidé de sa pratique réelle, restait un symbole puissant, un fantasme d’ordre, de verticalité, de conservatisme. Ce symbolisme fait de croix, de clochers, de processions, de baptêmes, de chants et de décors théâtraux donne l’impression d’appartenir à quelque chose de plus grand que soi, rassure, conforte une population effrayée par l’évolution du monde, des peuples et des traditions. Peu importe que la croyance soit absente, l’image suffit, remplace le sens par un décor et la réflexion par un réflexe identitaire.
Ce catholicisme politique n’a pas besoin de Dieu.
Ce dont a besoin le catholicisme politique, c’est d’un “nous” qui se construit toujours contre un “eux”, ces autres qui osent le changement, la liberté, le droit, le choix.
L’extrême droite ne propose pas une foi, elle propose un camp, promet une frontière, une muraille où le droit du sol et des traditions ancestrales prime sur le reste.
Elle ne parle bien sûr jamais de transcendance, mais elle menace l’islam, les femmes, les personnes LGBTQ+, la laïcité, l’égalité, les athées et même la République. Tout, pour elle, devient prétexte à réactiver un catholicisme identitaire défensif, de barricade, de rancœur. Ainsi, en extrême droite, on ne devient pas catholique “pour quelque chose”, on le devient “contre quelqu’un”.
C’est là que le mécanisme devient limpide.
L’extrême droite ne convertit pas, elle recrute, et avec le soutien de l’Église catholique elle convertit une religion en marqueur tribal, une hérédité cultuelle en arme politique et un imaginaire de fiction en limite sociale. Et elle le fait d’autant plus facilement que l’Église, affaiblie, minoritaire, en perte d’autorité, laisse non seulement faire, mais en profite pour recruter des citoyens en perte de repères politiques, de confiance dans les partis, les médias, la justice, l’État. Et il suffit, pour eux, de se dire “catholique” pour être reconnus comme membres du camp de l’extrême droite, avec tout ce que ça représente de sombre pour l’avenir.
Heureusement, certains catholiques, loin d’être extrêmes, loin d’être de droite, en désaccord avec leur Église, ne se laissent pas dicter leurs opinions par le fascisme politico-religieux. Ils ne se laissent pas désabuser par des slogans et des drapeaux ornés de croix et d’icônes, gardant en eux, bien heureusement, la raison, la bienveillance, la compassion envers leur prochain.
Au contraire de ce que veut faire croire l’Église catholique et ses décideurs, ce phénomène n’annonce pas un “retour du religieux”, loin de là. Ce qu’il annonce, c’est un retour du nationalisme par le religieux… et cela, athées réformistes, nous ne pouvons pas laisser faire.
G. Ragnaud

