Objection de conscience, influence et ingérence religieuse sur l’éducation et dans les programmes scolaires publics, orientation des politiques scientifiques dans les domaines de la recherche, de l’innovation, de la médecine, des intelligences artificielles… etc.
JUSQU’À QUEL POINT DOIT-ON PERMETTRE LA LIBERTÉ DE RELIGION ?
Un détournement du socle commun
Pour les institutions religieuses, la liberté de culte se traduit par une opposition à tout progrès qui contredit leurs visions dogmatiques du monde, une interprétation corrompue de l’idée de laïcité. Pour rappel, la liberté de religion est une conquête civique qui protège la conscience, garantit l’intimité des croyances et empêche l’État de confesser. Or, quand la liberté devient prétexte à imposer des normes collectives, à modeler les programmes scolaires, à orienter la recherche, à dicter les protocoles médicaux ou les cadres éthiques de l’intelligence artificielle, elle cesse d’être purement protectrice pour devenir prescriptive. Elle se mue en ingérence.
Dans ce contexte, l’objection de conscience, légitime pour l’individu, devient problématique lorsqu’elle se transforme en levier institutionnel : refuser l’enseignement d’une théorie scientifique parce qu’elle heurte une croyance, ou orienter des programmes au nom d’une morale confessionnelle, c’est substituer l’autorité d’une croyance à l’autorité du savoir partagé.
Dans les laboratoires et les comités d’éthique, la même question se pose autrement : jusqu’où tolérer que des institutions religieuses dictent les priorités de la recherche ?
Quand, par exemple, la médecine hésite à explorer certaines voies par crainte d’un affrontement dogmatique, elle met des vies et des progrès en jeu, et quand l’IA se conçoit selon des préceptes moraux exclusifs, le risque est l’enfermement des algorithmes dans des visions partielles du monde, au détriment de la pluralité des valeurs humaines.
La réponse n’est bien évidemment pas d’éradiquer la religion du champ public, ce serait une autre forme d’intolérance, mais de réaffirmer des principes tels que la neutralité de l’État, la primauté du bien commun, la liberté de conscience individuelle, et la primauté du débat scientifique et démocratique pour orienter les politiques publiques.
Au contraire de ce que peuvent faire croire les institutions religieuses, la laïcité n’est pas une guerre aux croyances ; c’est au contraire un cadre qui permet à toutes les convictions de « cohabiter » sans confisquer l’espace commun.
Notre rôle, en tant qu’athées réformistes, est bien sûr de soutenir et protéger les libertés de conscience, indispensables pour le commun des mortels, mais c’est aussi d’alerter les États, nos décideurs, les médias et plus encore l’ensemble des populations, sur l’utilisation et les malversations politico-religieuses qui en sont faites par les institutions cultuelles.
N’oublions pas : les religions, de par leur nature, tenteront toujours de s’imposer comme des forces incontournables, revendiquant une influence sur les lois, les politiques et les normes sociales.
Ne les laissons plus faire !
G. Ragnaud

