La France face à la visite du pape : un enjeu républicain majeur

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Le pape est le chef d’un État théocratique, non élu, où la loi religieuse prime sur la loi civile, où les femmes n’ont aucun accès au pouvoir, où l’homosexualité reste officiellement condamnée, où la liberté de conscience n’existe pas et où ne pas croire n’a aucune existence juridique. 

Ce constat décrit la réalité institutionnelle du Vatican, un État où la doctrine religieuse structure l’ensemble des décisions politiques.

En accueillant ce chef religieux, la France va une fois de plus se fourvoyer en renonçant aux siècles de Lumières qui l’ont fondée : la laïcité, la liberté de conscience, l’égalité républicaine, la souveraineté du peuple, la neutralité de l’État, la séparation des pouvoirs, l’égalité femmes‑hommes, le pluralisme des convictions, la primauté de la raison publique, la liberté de ne pas croire, l’universalité de la loi… etc.

Ces principes constituent le socle même de notre République, or, pour l’athéisme réformé, les mettre entre parenthèses pour dérouler le tapis rouge à un pouvoir confessionnel qui ne reconnaît aucun d’eux, c’est affaiblir ce qui fait l’histoire et la particularité politique et culturelle de la France.

Et ne soyons pas naïfs. 

Comme je l’écris dans mon dernier livre, Génération Athée, l’athéisme réformé, la visite du pape en France va servir l’agenda moral, politique et médiatique du Vatican. Il va encourager les militants contre la fin de vie, contre l’éducation sexuelle à l’école, contre les droits des femmes, contre les droits des personnes LGBT+, et plus largement contre toute avancée sociétale qui échappe à la doctrine catholique. Il va servir la ligne officielle du Vatican, celle que le pape réaffirme régulièrement dans ses textes, ses discours et ses interventions internationales.

Face à cela, nous, athées réformistes, ne pouvons pas laisser ce pouvoir théocratique occuper l’espace symbolique national sans lui opposer un contre‑discours clair, structuré, assumé qui rappelle que la France est en très grande majorité NON CROYANTE, que la liberté de conscience appartient à tous, et que la laïcité n’est pas négociable selon l’interlocuteur du moment.

Pour cela, il faut que les médias donnent la voix aux opposants athées réformistes et aux libres penseurs, qu’ils assument enfin leur rôle, informer, contextualiser, rappeler les enjeux, analyser les rapports de force, et ne pas servir de caisse de résonance à un agenda moral qui n’est pas celui de la nation. Le pluralisme, je le rappelle, ne consiste pas à amplifier un seul discours, mais à permettre à tous les citoyens, croyants, agnostiques, athées, d’être représentés dans le débat public.

Si les médias se taisent, si aucun contre‑discours n’est porté, alors la France laissera s’installer l’idée qu’un pouvoir théocratique peut s’exprimer seul, sans contradiction, sur le territoire d’une République fondée sur la raison, l’égalité et la liberté de conscience. 

Ce silence serait une faute démocratique, et une défaite symbolique pour l’esprit critique qui, depuis des siècles, construit notre République.

G. Ragnaud 

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