À quoi ressemblerait une politique de droite athée ?

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Depuis maintenant plusieurs années, via Génération Athée, confédération de sensibilité de gauche, j’appelle à ce que des athées réfléchissent et concrétisent l’idée de ce que pourrait être un athéisme engagé, porteur de valeurs de droite. Malgré mes sollicitations répétées, personne ne se lance. J’imagine qu’il manque soit l’audace, soit les repères pour concevoir une telle sensibilité, capable d’allier liberté individuelle, responsabilité civique et refus des montées identitaires. Pourtant, rien, sur le plan intellectuel et politique, n’empêche d’imaginer et de construire cet espace.

Il faut dire que la droite telle qu’elle est pratiquée actuellement n’appelle pas à une telle réflexion, n’étant clairement pas prévue pour cela, trop fermée à l’évolution, aux libertés, perdue dans un conservatisme monarchico-clérical incapable de construire une transition émancipée de l’idée d’un divin. En gros, si une droite athée n’est pas née, c’est parce que l’histoire a durablement lié la droite aux Églises, à leurs réseaux sociaux et à une base électorale attachée aux traditions.

J’ai donc tenté d’imaginer ce que pourrait être une politique de droite athée.

L’athéisme, nous en avons déjà pas mal débattu ici, est majoritairement de sensibilité de gauche. Les raisons, nous les connaissons, l’athéisme puise ses racines dans les Lumières et la critique de l’autorité religieuse, ce qui a façonné des valeurs rationnelles et égalitaires proches des projets progressistes. La gauche historique a porté la laïcité et l’anticléricalisme, faisant de ces combats des espaces naturels d’expression pour les non-croyant·e·s, comme les enjeux sociaux, droits reproductifs, mariage égalitaire, éducation fondée sur la science, protection des minorités… des éléments qui rapprochent politiquement beaucoup d’athées des programmes de gauche.

Sur le plan économique, ces athées ont une confiance plus grande dans l’action publique, la redistribution et les services collectifs. Ils s’accordent aux facteurs sociodémographiques, et, face à des institutions religieuses souvent alignées sur des positions conservatrices auxquelles ils s’opposent, sont naturellement conduits à s’allier aux forces politiques qui défendent les droits laïques. Ce constat reste une tendance, pas une règle. Des athées existent à tous les bords politiques et les contextes nationaux et culturels modulent fortement ces corrélations.

Alors sur quoi pourrait bien s’appuyer une droite athée ?

La droite athée défendrait le libéralisme économique, via des mesures favorisant l’initiative privée, l’entreprise, la concurrence et la responsabilité individuelle en matière économique. Elle poserait une exigence civique, c’est-à-dire une attente de loyauté républicaine, de respect de l’ordre public, de solidarité minimale, et de devoirs civiques qui garantissent la cohésion sociale, le tout en refusant à la fois le dogmatisme religieux et l’égalitarisme étatiste automatique.

Rien, conceptuellement, n’empêche l’existence d’une droite athée, les leviers pour la faire naître sont concrets et pragmatiques. D’abord, construire un récit net et rationnel : « neutralité de l’État, liberté individuelle, responsabilité civique ». Ensuite, affirmer une plateforme économique libérale-responsable, faite d’initiative et de compétitivité distincte des propositions égalitaristes de gauche. Parallèlement, elle serait portée par une laïcité protectrice, à commencer par une transparence des financements religieux, une vraie neutralité des services publics, ainsi qu’un refus du prosélytisme dans l’école. Pour que tout cela puisse se mettre en place, il faudrait des figures publiques crédibles, faites d’intellectuels, d’entrepreneurs, d’anciens responsables, toutes et tous, bien entendu, non croyants. Il faudrait aussi des espaces d’expression, revues, think tanks, chaînes d’opinion…, ainsi que des expérimentations locales pour démontrer l’efficacité des mesures.

Tout cela demanderait une communication, disons prudente, évitant un vocabulaire trop direct imposé par l’athéisme, devant privilégier la protection des libertés et l’universalité républicaine, tout en se démarquant clairement de la droite identitaire qui, depuis toujours, instrumentalise la laïcité. J’imagine que des alliances tactiques seraient possibles avec des libéraux laïques, des conservateurs civiques et des organisations laïques progressistes sur des questions précises, telles que la famille, l’éducation, la bioéthique. Tout cela, bien évidemment, demanderait du temps, car bâtir un tel écosystème politique requiert des ressources, de l’andragogie et des succès politiques localisés.

Comme vous pouvez le lire, l’absence actuelle d’une droite athée, selon moi, tient moins à une impossibilité théorique qu’à un déficit d’infrastructures politiques, culturelles et narratives. Créer ce courant ne demanderait pas grand-chose, juste l’exigence d’un récit clair, fait de mesures concrètes, de personnalités engagées et d’une communication qui rassure et rassemble.

Nous, athées, gagnerions à encourager certains d’entre nous, de sensibilité de droite, à se lancer dans une telle entreprise. À l’image de Génération Athée, qui porte aujourd’hui un athéisme politique auprès d’un public de gauche, ils pourraient faire entendre une voix athée auprès des électeurs de droite tout en restant critiques à l’égard des droites conservatrices. L’objectif serait d’occuper l’espace politique, de la droite au centre républicain, à la gauche républicaine, et de marginaliser les discours fondés sur le fantasme et la superstition, ne laissant plus d’autres choix qu’à un avenir politique athée.

G. Ragnaud

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