Hé oui, Bernard Arnault, le milliardaire, vient d’entrer à « l’Académie des sciences morales et politiques », chose qui, pour nous, Génération Athée, est intolérable et loin d’être anodine.
Cette Académie est censée réfléchir à la morale, au bien commun, à la justice sociale, à la responsabilité politique. Elle n’est, logiquement, pas un club d’influence, ni une vitrine pour puissants. Or Bernard Arnault n’incarne ni la morale sociale, ni l’exemplarité politique. Ce qu’il incarne, c’est l’ultra-libéralisme contemporain dans ce qu’il a de plus brutal, de plus déséquilibré, de plus indifférent aux conséquences humaines.
POUR RAPPEL
Sous sa direction, des milliers de salarié·es ont été licencié·es au fil des restructurations, des délocalisations, des “optimisations” présentées comme des nécessités économiques. Pendant ce temps, les dividendes explosaient et la fortune personnelle de Monsieur Arnault atteignait des sommets indécents. Il n’y avait, certes, rien d’illégal dans tout cela, mais d’un point de vue moral et politique, c’était clairement indécent, cynique et scandaleux.
Il faut également rappeler que Bernard Arnault n’est pas extérieur à une culture morale et religieuse très précise. Issu et revendiquant une tradition catholique conservatrice, il s’inscrit dans une vision du monde où la réussite économique est souvent présentée comme une forme de mérite, voire de légitimation morale. Cette morale catholique d’ordre, de hiérarchie et de charité descendante s’accommode parfaitement d’inégalités extrêmes, tant qu’elles sont habillées de respectabilité, de tradition et de “valeurs”.
Dans ce cadre, la morale n’est plus une exigence sociale ou politique, mais un discours qui ne remet jamais en cause la concentration des richesses, qui admet les rapports de domination, et qui transforme la charité en alibi, plutôt que la justice en objectif. Ce n’est donc pas un hasard si cette vision s’accorde si bien avec un libéralisme autoritaire, conservateur, et profondément hostile à toute remise en cause structurelle du système.
Bernard Arnault est aussi le symbole d’un libéralisme mondialisé qui bénéficie largement des systèmes d’optimisation fiscale, privant les États, donc les citoyen·nes, de ressources essentielles pour la santé, l’éducation, la justice sociale. Plus grave encore, son intronisation, parrainée par Bruno Le Maire et Vincent Bolloré, s’est faite sous le regard bienveillant de figures politiques issues de la droite française et du trumpisme international, révélant sans ambiguïté les proximités idéologiques d’un libéralisme autoritaire, conservateur, hostile aux contre-pouvoirs démocratiques, et parfaitement compatible avec les dérives nationalistes et réactionnaires. Et ne soyons pas naïfs, quand l’argent s’allie à ces courants, c’est uniquement pour s’acheter une impunité politique et morale, face aux lois, aux peuples et à la justice sociale.
Admettre Bernard Arnault dans une institution chargée de penser la morale et la politique, c’est acter que la réussite financière supplante désormais toute autre forme de légitimité. C’est dire que la concentration extrême des richesses, l’écrasement des rapports sociaux, l’indifférence aux conséquences humaines, deviennent des références acceptables, voire admirables.
Pour moi, c’est une faillite institutionnelle, parce qu’une République digne de ce nom ne devrait jamais confondre puissance économique et autorité morale. Elle ne devrait jamais honorer ceux qui bénéficient le plus d’un système qu’ils contribuent à déséquilibrer, ni offrir aux dominants le rôle de penseurs du bien commun… Ils n’en sont pas capables.
G. Ragnaud

