Christianisme et politique… l’entrisme continue.

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Le cycle de séminaires « Christianisme et politique : imaginaires théologiques et avenir des démocraties 2025-2026 » a repris ce mois-ci à l’Institut Catholique de Paris, réunissant politistes, historiens, juristes et théologiens pour discuter explicitement de l’influence des traditions religieuses sur la pensée politique contemporaine.

Ce séminaire traite de sujets comme le rôle des imaginaires chrétiens dans les démocraties et les relations entre foi et pouvoir… En bref, un point de rencontre intellectuelle entre religion et politique.

Le dialogue interreligieux est aujourd’hui présenté comme un outil de cohésion sociale, de paix civile et de vivre-ensemble. Sur le papier, l’intention semble louable, mais dans les faits, il repose sur une confusion profonde entre convictions privées et intérêt général, car ce dialogue ne concerne jamais l’ensemble de la société civile, excluant d’emblée les convictions autres que celles du christianisme.

Il met en scène des représentants religieux catholiques et protestants parlant au nom de communautés supposées homogènes, légitimes et structurées. En prétendant représenter la société, ce dialogue interreligieux la réduit à un face-à-face entre croyances, avec cette volonté de naturaliser l’idée que la religion serait l’interlocuteur normal du politique, et que la cohésion sociale passerait nécessairement par des autorités spirituelles.

C’est non seulement faux, mais c’est en plus dangereux pour la démocratie, pour les libertés, pour l’éducation et pour une partie importante des citoyennes et citoyens qui ne rentreraient pas dans les critères moraux et éthiques du dogme chrétien.

Notre République n’est pas qu’un agrégat de religions.

La société civile est composée d’individus, de familles, de travailleuses et travailleurs, de citoyennes et citoyens aux convictions multiples, dont une majorité en France ne se reconnaît dans aucune religion. Les athées, les agnostiques, les indifférents au religieux sont une réalité sociologique massive, mais hélas encore systématiquement contournée et discriminée par les décideurs politiques.

Le dialogue interreligieux, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, entretient une illusion de paix sociale en évitant soigneusement les vraies questions politiques. Il parle de symboles, de rites, de tolérance abstraite, mais ne dit rien des rapports de pouvoir, de l’entrisme religieux, du lobbyisme, des pressions sur les lois, l’école, la santé, les droits des femmes ou des personnes LGBT.

Pire encore, il installe l’idée que les religions seraient des médiatrices naturelles entre l’État et la population. Or, dans une République laïque, ce rôle n’existe pas et ne doit pas exister.

Génération Athée ne s’oppose pas au dialogue.

Ce à quoi nous nous opposons, c’est à ce genre de conférence biaisée, qui exclut délibérément, dans les débats comme dans les textes, les convictions non religieuses.

Ce à quoi, en tant qu’athées réformistes, nous devons aussi nous opposer, c’est à cette idée malsaine qui confond paix sociale et compromis avec les dogmes : la cohésion sociale ne pouvant être construite qu’entre clergés, car reposant sur des valeurs communes, des droits égaux, des lois émancipatrices et une citoyenneté affranchie de toute tutelle spirituelle.

Pour moi, et je suppose pour bien d’autres, aucune République n’a besoin de dialogue interreligieux. En revanche, ce dont elle a besoin, c’est de justice sociale, de laïcité réelle et d’un débat politique débarrassé de toute autorité religieuse.

C’est à cette condition, et à cette seule condition, que la société civile pourra enfin dialoguer avec elle-même.

G. Ragnaud

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