Ces personnalités politiques vouées à une cause religieuse

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Lorsque les causes religieuses deviennent un cadre d’action politique, une source d’inspiration pour la loi ou un levier d’influence dans le débat public, elles changent de nature. C’est, entre autres, contre ce type de réalité que j’ai créé Génération Athée et que l’athéisme réformé s’oppose.

En France comme ailleurs en Europe, certaines personnalités politiques s’inscrivent, explicitement ou implicitement, dans des logiques où le religieux dépasse la sphère privée. Cela peut prendre différentes formes : références culturelles ou identitaires liées au christianisme, proximité avec des milieux confessionnels, ou défense de positions directement inspirées de doctrines religieuses sur des sujets comme la famille, la bioéthique ou la fin de vie.

On observe ainsi, dans certains courants de droite et d’extrême droite, une mobilisation récurrente de références chrétiennes : François‑Xavier Bellamy, dont la philosophie politique s’inspire directement de la tradition chrétienne ; Christine Boutin, dont l’engagement politique est explicitement fondé sur ses convictions catholiques ; Philippe de Villiers, défenseur revendiqué de “l’identité chrétienne” de la France.

Dans le même registre, Éric Ciotti intègre régulièrement des références culturelles chrétiennes dans ses discours identitaires ; Bruno Retailleau défend des positions conservatrices constantes sur les sujets sociétaux ; Laurent Wauquiez ponctue ses interventions de références à l’héritage chrétien.

Cette liste est loin d’être exhaustive : nombreux sont les députés, sénatrices et sénateurs qui agissent en fonction de leurs convictions religieuses pour défendre des positions influençant directement les choix de société. On le voit aujourd’hui dans les débats sur la fin de vie, où certains s’opposent à toute évolution législative au nom d’une conception morale issue de leurs croyances. On le retrouve également dans les discussions sur la bioéthique, la place des femmes ou les droits des couples de même sexe.

Plus récemment, la commission d’enquête sur l’audiovisuel public a mis en lumière des orientations idéologiques où certaines visions du monde, souvent compatibles avec des référentiels religieux conservateurs, voire intégristes, cherchent à peser sur l’information, sa diffusion et ses équilibres. À cela s’ajoutent des prises de position récurrentes sur la laïcité, parfois détournée de son principe d’équilibre pour cibler certaines convictions tout en en préservant d’autres.

Mais ce phénomène ne se limite pas au christianisme. D’autres acteurs politiques, à gauche, entretiennent également des rapports ambigus avec des revendications liées à l’islam, portées par certains groupes ou représentants se réclamant des musulmans.

On le constate dans des débats où des pratiques, des normes ou des exigences présentées comme religieuses sont relayées, soutenues ou peu contestées dans l’espace public. Cette attitude répond à des logiques électorales, communautaires ou identitaires, visant à ne pas heurter une partie de l’électorat ou à capter un soutien.

Il ne s’agit pas ici de viser les musulmans dans leur ensemble, mais de constater que, comme pour le catholicisme ou d’autres religions, des influences religieuses cherchent à peser sur le débat public, et que certains responsables politiques choisissent, selon les contextes, de les accompagner, de les tolérer ou de les légitimer.

Ce double standard, dénoncer certaines influences religieuses tout en en protégeant d’autres, fragilise le principe de laïcité et brouille le débat public. Or, dans une République laïque, aucune religion, qu’il s’agisse du catholicisme, de l’islam ou d’une autre, ne devrait bénéficier d’un traitement particulier.

Ce que je souligne ici, et que j’ai largement développé dans mon livre Génération Athée, l’athéisme réformé, c’est que l’influence des convictions religieuses sur les choix politiques est récurrente. Notre rôle, en tant qu’athées réformistes, est de la comprendre, de la dénoncer et, dans l’intérêt général, au nom de la raison et de l’égalité des convictions, de nous imposer dans le débat public.

G. Ragnaud

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