POURQUOI EST-CE QUE L’ATHÉISME RÉFORMÉ S’OPPOSE À LA CONCENTRATION DES MÉDIAS ?

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Comme je l’ai développé dans mon livre « Génération Athée, l’athéisme réformé », la question des médias est essentiel, car au cœur du problème athéiste. Dans un paysage contrôlé par Arnault, Bolloré, Niel, Saadé, Bouygues, l’athéisme disparaît, tandis que les récits religieux y trouvent partout des relais.

Génération Athée, et l’athéisme réformé s’opposent à cette concentration des médias, tout simplement parce qu’elle fabrique un monde où l’athée n’existe pas en tant que citoyen, en tant qu’acteur politique, en tant que conscience légitime, et encore moins comme voix autorisée à participer au récit collectif. Dans un paysage dominé par ces milliardaires, l’athéisme n’est pas seulement marginalisé, il est effacé, dissous, rendu invisible par un système qui décide de ce qui mérite d’être vu et de ce qui doit rester dans l’ombre.

Dans les médias français, l’athée n’a pas de place.

On invite des prêtres pour parler de morale, des imams pour parler de société, des rabbins pour parler de politique, des pasteurs pour parler de famille, mais jamais un athée pour parler de liberté de conscience. Les associations athées ne sont jamais consultées, leurs communiqués ne sont jamais repris, leurs analyses ne sont jamais discutées. Les grands éditeurs refuse les livres athées qui, bien évidement, ne passent ni dans La Grande Librairie, ni dans les matinales, ni dans les émissions de débat. Ils n’existent que pour ceux qui les cherchent déjà, comme si la pensée non religieuse devait rester confinée dans un sous‑sol intellectuel.

Cette invisibilisation est une conséquence directe de la concentration médiatique. Quand Arnault, Bolloré, Niel, Saadé, Bouygues ou en Křetínský contrôlent l’essentiel de l’information, ils contrôlent aussi les angles, les priorités, les sensibilités. Ils décident de ce qui est un sujet et de ce qui ne l’est pas, et l’athéisme ne l’est jamais, car, par nature, ne sert aucun agenda religieux, ne flatte aucune identité spirituelle, ne fournit pas de récit consolateur, ne faisant que déranger, questionner, déplacer les lignes… Alors on le tait.

Pendant ce temps, les lobbies religieux, eux, ne sont jamais privés de micro. Ils disposent de chroniqueurs, d’éditorialistes, de réseaux, de relais politiques. Ils influencent les débats sur l’école, la bioéthique, la fin de vie, la famille, la sexualité, la science. Ils pèsent sur les institutions européennes, où ils sont reçus, écoutés, financés, reconnus comme interlocuteurs légitimes. Les athées, eux, n’ont même pas le droit d’être reconnus comme groupe d’intérêt, ils n’ont pas de bureau, pas de rendez‑vous, pas de statut. Ils n’existent pas dans le paysage institutionnel européen, comme si la conscience non religieuse n’était pas une conscience.

C’est pour cela que l’athéisme réformé s’oppose à la concentration des médias, parce que cette concentration crée un pouvoir privé capable de rivaliser avec la République elle‑même, un pouvoir qui peut amplifier les récits religieux, normaliser les visions confessionnelles, imposer des cadres moraux hérités des traditions, dans notre cas catholiques, et réduire au silence ceux qui n’entrent pas dans ce cadre.

Ce pouvoir décide que l’athée n’a pas d’histoire, pas de culture, pas de légitimité, et donc, pas de voix.

L’athéisme réformé demande que la conscience non religieuse soit reconnue comme une conviction à part entière, qu’elle puisse parler, qu’elle puisse être entendue, qu’elle puisse participer au récit commun. Il demande que l’athée ne soit plus traité comme un bruit de fond dans un pays qui prétend défendre la liberté de conscience. Il demande que la République reprenne la main, ne délègue plus à des fortunes privées qui ont tout intérêt à maintenir les récits religieux, identitaires ou moralisateurs qui servent leurs intérêts.

Pour moi, un pays qui ne voit pas ses millions de citoyennes et de citoyens athées, qu’on prive de pensées athées libres et pleinement assumées, est un pays qui se coupe d’une part essentielle de sa propre liberté. Et un pays qui refuse cette conscience-là finira immanquablement par se refermer sur lui-même, par cesser d’évoluer, par se condamner à tourner en rond dans des récits imaginaires.

G. Ragnaud

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