De la Terre plate à la laïcité : comment les religions sont contraintes d’évoluer

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Depuis les Lumières, si le catholicisme, principale religion en Europe, a évolué, ce n’est pas par illumination céleste, loin de là, mais par accumulation de démentis.

Par exemple, pendant des siècles, il a affirmé que la Terre était immobile, parfois plate, placée au centre de l’univers par volonté divine. Puis la science a démontré l’inverse, et là, il a bien fallu reculer, reformuler, réinterpréter les textes, expliquer après coup que ce n’était « pas à prendre au pied de la lettre ». Même chose pour l’âge de la Terre et de l’humanité, qui, d’après les textes, n’avaient que quelques milliers d’années avant que la géologie, la paléontologie et l’archéologie ne viennent y imposer des millions, puis des milliards d’années. Là encore, retournement discret, silence prudent, adaptation contrainte.

En publiant officiellement et publiquement, en 1543, que la Terre tourne autour du Soleil, Copernic ébranle un ordre cosmique qui était aussi un ordre théologique. Pour la chrétienté, ce n’est pas seulement une question d’astronomie, c’est une question de pouvoir symbolique, car si la Terre n’est plus au centre, l’homme ne l’est plus non plus. L’Église hésite, freine, puis condamne indirectement ce qui menace son architecture doctrinale.

Elle a depuis fini par intégrer cette révolution cosmologique dans son propre récit, en la présentant non plus comme une menace, mais comme un approfondissement de la compréhension de la création. Ce qui fut d’abord perçu comme une atteinte à l’ordre divin est devenu, avec le temps, une simple question de lecture des textes, désormais qualifiés de symboliques lorsque leur littéralité devenait intenable. Ainsi, ce qui avait provoqué méfiance et résistance est aujourd’hui enseigné dans les écoles catholiques sans difficulté apparente. Mais là encore, cette intégration tardive ne fut pas le fruit d’une intuition théologique précoce ; elle fut la conséquence d’un fait scientifique devenu impossible à nier, contraignant l’Église à évoluer.

Pour Galilée, ce fut la même chose.
Lui observe, mesure, démontre, et pour cela, il est convoqué, jugé, contraint d’abjurer. Ce n’est qu’en 1992 que le Vatican reconnaît enfin officiellement l’erreur. Trois siècles et demi pour admettre qu’un savant avait raison contre le dogme. Voilà le rythme réel de l’« évolution » religieuse.

L’évolution des espèces marque un tournant décisif.

Les travaux de Darwin ont heurté de plein fouet les récits de création. D’abord rejetée, combattue, qualifiée d’hérésie, la théorie de l’évolution a fini par s’imposer comme un fait scientifique incontournable. La religion catholique a, là encore, changé de registre : ce qui était présenté comme vérité révélée est devenu métaphore, symbole, allégorie… Le réel avait tranché et l’avait rattrapée.

La médecine raconte la même histoire.

Longtemps, la maladie fut expliquée par le péché, la punition divine ou l’épreuve spirituelle. Mais là encore, la science, ici médicale, a progressivement remplacé la prière par le diagnostic, l’exorcisme par le traitement, la pénitence par la prévention. Les dissections furent interdites, les vaccins contestés, les autopsies suspectées… Ainsi, chaque progrès du savoir médical a d’abord rencontré une résistance morale ou théologique avant d’être intégré, une fois devenu impossible à nier.

La liberté de conscience, elle aussi, fut une conquête contre la doctrine.

L’idée même qu’un individu puisse croire autrement, ou ne pas croire du tout, a longtemps été considérée par l’Église catholique comme une menace pour l’ordre divin et social. L’Inquisition, les guerres de religion, les condamnations pour blasphème ont ainsi fait des milliers, voire des millions de morts, tout cela pour sauvegarder un système cohérent où la vérité révélée ne tolérait aucune concurrence.

Puis vint la laïcité.

La laïcité ne fut pas une évolution spontanée, loin de là. La séparation des Églises et de l’État advint après des siècles de conflits, de débats, de luttes intellectuelles et politiques pour affirmer que la loi ne pouvait plus être dictée par un texte sacré. La religion, qui prétendait organiser l’ensemble de la société, fut, ici encore, contrainte de se retirer du centre institutionnel… ce qui, encore aujourd’hui, lui est difficile à admettre.

Et à chaque étape, le mécanisme est le même.

Les religions affirment, la science démontre, la société comprend, et les religions réinterprètent. Mais qu’on ne s’y trompe pas, leur retournement de veste n’est jamais motivé par une dynamique interne de progrès, il n’est qu’une adaptation forcée à un monde qui, dans tous les cas, avance et avancera sans elles.

Et ce n’est pas fini, car en ce 21ᵉ siècle, l’humanité rationnelle doit encore s’opposer aux inepties et aux blocages religieux : féminisme, droits LGBTQ+, droit à l’avortement, contraception, éducation sexuelle et scientifique, fin de vie, recherche sur les cellules souches, PMA, droits des enfants et lutte contre les violences… autant de sujets où les dogmes n’ont pas encore été contraints d’évoluer et tentent encore d’imposer leurs interdits à la société entière.

Et bien entendu, il y a l’athéisme réformé, qui, en devenant une force visible, structurée et revendiquée, empêchera bientôt les religions de continuer à se présenter comme des références morales universelles ou des interlocuteurs naturels de l’État.

L’histoire nous montre que les lumières du monde obligent les religions à concéder qu’elles ont tort, qu’elles sont faibles, qu’elles affabulent, que, par égocentrisme, elles protègent leurs mensonges, qu’elles sont tout simplement devenues inutiles… et qu’un jour, d’elles-mêmes, elles disparaîtront.

G. Ragnaud

À lire, mon dernier livre, « Génération Athée, l’Athéisme Réformé »

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