À l’occasion de la rentrée scolaire 2026, le ministère de l’Éducation nationale vient de publier son traditionnel dossier présentant les grandes orientations de l’année.
Un document dense, de près d’une centaine de pages, dans lequel l’État rappelle ce qu’il attend de l’École : instruire, protéger, transmettre les valeurs de la République, développer l’esprit critique et garantir aux élèves les conditions de leur émancipation.
Sur ces principes, nous ne pouvons qu’être d’accord, mais à la lecture du document, une question finit par s’imposer. De quelle école parle-t-on ?
Le ministère précise que les chiffres annoncés concernent à la fois « public et privé sous contrat », ce qui veut dire que, lorsqu’il s’agit de présenter les effectifs, le privé appartient pleinement au paysage de l’Éducation nationale… mais dès que l’on aborde les principes républicains, les choses deviennent beaucoup moins simples.
Dans ce document, le ministère rappelle avec force que l’École doit protéger les élèves du prosélytisme, des pressions et de l’emprise afin de leur permettre de construire librement leurs propres choix. L’intention est parfaitement claire : un enfant doit pouvoir se construire sans subir de pression religieuse. Génération Athée partage pleinement cette ambition. Mais pourquoi ce principe fondamental devrait-il dépendre de la porte de l’établissement scolaire que franchit l’enfant chaque matin ?
Je pose la question, car parallèlement, la République finance un enseignement privé sous contrat dont une part considérable est confessionnelle, des établissements dont les enseignants sont rémunérés par l’État, dont le fonctionnement bénéficie de financements publics et auxquels est pourtant reconnu un « caractère propre », notamment religieux. Il y a ici une vraie contradiction, car comment l’État peut-il affirmer vouloir protéger les enfants de l’emprise et du prosélytisme religieux tout en finançant des établissements revendiquant institutionnellement une identité religieuse ?
En effet, pourquoi les exigences de neutralité présentées comme indispensables à la protection du libre arbitre de l’enfant ne sont-elles pas identiques dès lors que son enseignement est financé par la République ?
Le dossier de rentrée insiste également sur la nécessité de « forger l’esprit critique ».
L’École doit apprendre à distinguer les savoirs, les informations, les opinions et les croyances. Elle doit transmettre le raisonnement scientifique, développer l’usage de la raison et permettre aux futurs citoyens d’exercer leur libre arbitre.
Là encore, Génération Athée est pleinement d’accord.
Mais si nous allons jusqu’au bout de cette logique, il devrait être normal qu’à partir du moment où l’on enseigne le fait religieux aux enfants, ce que sont les religions, leur histoire, leurs doctrines et leur place dans nos sociétés, on présente également l’athéisme, l’agnosticisme, la libre-pensée, le rationalisme et la non-croyance, ou encore que l’Éducation nationale enseigne qu’une partie considérable de la population ne croit en aucun dieu.
Il ne s’agit bien évidemment pas d’apprendre aux enfants à être athées, pas davantage que l’École publique n’a vocation à leur apprendre à être croyants. Il s’agit simplement de leur apprendre que l’athéisme existe, qu’il possède une histoire, des courants de pensée, des auteurs, des raisonnements et qu’il constitue une position tout aussi légitime que celle des religions face à l’hypothèse de l’existence d’un divin. C’est aussi cela, former le libre arbitre.
## Une République qui ne voit toujours pas l’athéisme
Le même déséquilibre apparaît lorsque le ministère de l’Éducation nationale aborde les discriminations. La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les LGBTphobies fait l’objet de politiques, de formations et d’outils spécifiques, et tant mieux, c’est indispensable.
Notre droit reconnaît aussi les discriminations fondées sur les convictions, mais lorsqu’il s’agit des athées, de l’athéisme et des personnes sans religion, ceux-ci sont tout simplement absents des discours, inexistants, invisibles, en un mot, discriminés, comme si ne pas croire mettait naturellement à l’abri de toute discrimination.
Ce que nous demandons n’a pourtant rien de particulièrement extraordinaire : nous réclamons simplement de la cohérence laïque, garantissant une pleine et entière éducation à tous les enfants, protégeant la liberté de conscience et le libre arbitre d’un enfant sans que cela dépende de l’établissement dans lequel ses parents ont choisi de le scolariser.
Pour nous, une République qui finance l’éducation d’un enfant doit garantir à chacun la même liberté de conscience, la même protection contre les pressions convictionnelles et le même accès aux outils permettant de construire librement sa pensée. Et lorsqu’elle prétend former l’esprit critique, elle doit donner aux élèves les moyens de connaître toutes les grandes réponses apportées par les êtres humains aux questions métaphysiques, y compris celle qui consiste simplement à ne pas croire en l’hypothèse de l’existence d’un divin.
La liberté de conscience ne peut pas être uniquement la liberté de choisir sa religion. Elle est aussi celle de n’en avoir aucune.
Gilles Ragnaud
Retrouvez ici le lien PDF du Ministère de l’Éducation Nationale.

