Un nombre grandissant d’athées n’accepte plus que, dans une nation où plus de 50 % des citoyens sont athées ou sans religion, l’athéisme, pourtant au moins aussi légitime que les religions sur la question de l’existence d’un dieu, ne soit jamais pris en compte dans les débats de société. Il n’existe en effet aucune raison rationnelle pour que l’État français, les médias, les décideurs et autres acteurs de la société civile ne prennent pas en considération nos conceptions du monde, comme un apport indispensable à l’équilibre démocratique de la nation.
Pourtant, la France aime se penser comme une République moderne, rationnelle, affranchie des dogmes et des tutelles anciennes. Elle aime rappeler son héritage des Lumières, son attachement à la liberté de conscience, à l’émancipation de l’individu, à la primauté de la raison sur la croyance. Mais, dans les faits, elle continue de se gouverner comme si une partie essentielle de sa population pouvait être ignorée sans conséquence, comme si les athées, pourtant majoritaires, n’avaient rien à dire sur le monde dans lequel ils vivent.
L’État écoute les institutions religieuses, dialogue avec elles, intègre leurs positions dans les débats publics, ajuste parfois la loi à leurs exigences. Dans le même temps, les convictions athées restent absentes, sans espace de parole reconnu, comme si elles ne constituaient pas une vision du monde légitime, comme si l’absence de croyance ne produisait ni valeurs, ni exigences, ni projet de société.
La fin de vie en est l’exemple le plus frappant. Soutenue massivement par la population, elle demeure entravée, non pour des raisons médicales ou humaines, mais parce que des interdits issus de convictions minoritaires continuent de peser plus lourd que la volonté collective.
Gouverner comme si les athées n’existaient pas, c’est gouverner contre le réel. C’est maintenir l’illusion d’un équilibre qui n’en est pas un, où certaines convictions comptent plus que d’autres, où la laïcité se réduit à une gestion prudente des religions, au lieu d’être une égalité réelle entre toutes les visions du monde.
Reconnaître l’athéisme comme une force civique, politique et sociale à part entière ne menacerait pourtant rien et ne retirerait rien à personne. Au contraire, cela permettrait à l’État français de se rapprocher enfin de ce qu’il prétend être : une République adulte, capable de légiférer sans se soumettre à des dogmes, capable d’assumer des choix fondés sur la raison, la science, l’intérêt général et la liberté de conscience.
Si l’athéisme était réellement pris en compte par l’État, au même titre que les autres convictions, la France serait profondément transformée et démocratiquement renforcée. Les lois refléteraient davantage la société telle qu’elle est, et non telle que certains voudraient la figer. Les débats cesseraient d’être biaisés dès leur origine, et la République avancerait enfin sans ce frein religieux qui l’empêche de regarder sa propre population en face.
Les athées ne sont ni marginaux, ni silencieux, ni inexistants. Ils sont des citoyens à part entière, porteurs d’une vision du monde fondée sur la raison, la responsabilité humaine et l’émancipation. Les discriminer est plus qu’une simple erreur politique : c’est une faute démocratique.
… et il est temps que cela cesse.
G. Ragnaud

